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Et si c'était à refaire ?

Le vendredi 03 Février 2012 à 10:00 | 3450 lectures | 66 Commentaires

Et si c'était à refaire ? 1

Dernièrement, j'ai reçu des e-mails de personnes qui ont suivi, tout comme moi, un cursus pour travailler dans la céramique. Elles m'ont demandé des conseils sur un statut, un four, ou encore pour un stage. Cela m'a fait beaucoup réfléchir.

Je ne suis pas installée depuis longtemps, mais assez pour savoir que les douces illusions disparaissent dès les premiers mois. Je pense qu'il faut beaucoup de courage pour se lancer, aujourd'hui, dans des métiers de l'artisanat. Il faut des épaules pour cela. Ce n'est pas juste un métier créatif. Cela demande, à mon sens, une grande rigueur dans son travail. Il faut pouvoir être capable de se motiver continuellement pour ne pas lâcher prise.

Être créateur(rice), ce n'est pas juste créer. Il faut aussi savoir se vendre. Il faut souvent faire tout seul, ce que normalement on ferait à plusieurs. La création, c'est un métier qui s'accompagne d'autres métiers auxquels on n'a pas forcément été formé. Il faut prendre plusieurs casquettes en permanence : vendeur(se), commercial(e), photographe, community manager et surtout faire sa promo. Toutes ces choses dont j'avais conscience en m'installant, mais dont, on ne peut pas, mesurer entièrement l'importance avant d'y être.

A côté de ses propres "combats" à domicile, il faut aussi réussir à sortir du lot. A l'heure où le DIY (Do It Yourself) et les tutoriaux sont devenus une véritable mode, combien de personnes décident de vendre, chaque jour, leurs créations issues d'un loisir ? Il suffit de voir les plateformes de vente en ligne de créations faites main qui ne désemplissent pas. Bien au contraire ! Il y en a des nouvelles tout le temps. Des centaines de boutiques de créations ouvrent et ferment tous les mois.

J'ai l'impression de faire face à une concurrence déloyale. Toutes les créatrices qui ont décidé de vivre de leurs créations, donc en déclarant leurs revenus, sont noyées dans une masse d'autres créations à plus bas prix car non déclarés. Au moment de me lancer, je n'avais pas du tout conscience de cette "concurrence" dans le fait-main. Les créateurs entrepreneurs se retrouvent à devoir afficher des prix qui semblent "chers". Ces prix sont en réalité souvent bas pour eux, par rapport aux prix de ces autres créations faites dans le cadre d'un hobby et donc ne tenant pas compte de toutes les charges que cela comporte. Ce ne sont pas nos prix qui sont trop chers, ce sont les tarifs trop bas qui sont erronés.

Je ne suis pas contre les loisirs créatifs, pas du tout et je ne pointe du doigt personne. J'ai seulement l'impression de faire partie d'un domaine complètement saturé. Je me demande s'il est possible que mon activité prospère dans cet environnement là. Est ce que finalement il est possible de vivre de l'artisanat sans avoir un travail pour se nourrir à côté ?

Et il y a aussi le contexte actuel. Lorsque j'écoute la radio, que j'entends parler des chiffres du chômage, de la campagne présidentielle, de la crise économique, j'ai l'impression de faire un métier à des années lumière de ce qu'il faudrait faire aujourd'hui. On nous remplit la tête avec toutes ces choses plus déprimantes les unes que les autres. L'inquiétude est là, bien présente dans la vie de beaucoup et j'en fais partie. Se lancer à l'heure actuelle, me semble, encore plus que lorsque je l'ai fais, une aventure à l'issue très incertaine.

Car oui, j'ai beau faire un merveilleux métier que j'ai choisi et que j'ai la chance de pouvoir exercer, je fais partie du très grand nombre de personnes précaires. J'ai choisi le statut d'auto-entrepreneur sans avoir réellement de choix. C'était le seul que, financièrement, je pouvais prendre. Être créateur, c'est aussi compter toutes ses dépenses en se demandant si on pourra vendre suffisamment pour les rembourser et se payer un peu.

Des inquiétudes et des doutes, j'en ai beaucoup. Je pense que la plupart des créateurs et créatrices, ont les mêmes que moi. Je me demande très souvent, si j'ai bien fait de sauter le pas. Mais dans le fond, je ne regrette pas et je ne vais pas m'arrêter là. Si c'était à refaire, je pense que je le ferais malgré tout, juste pour essayer, avec un petit peu plus de culot. Ce billet n'a pas vocation à être larmoyant, ni à décourager ceux qui veulent se lancer, c'est plutôt une façon de montrer que la création est loin d'être un métier facile.

Commentaires

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Cousette

Bravo pour ce bel article, très réaliste, que je m'empresse de partager largement!

Charlotte

Merci beaucoup Cousette :)

Caz

Beau billet sur tes choix, inquiétudes et difficultés. Tes lampes en céramiques sont vraiment sympas et je suis tenté depuis quelques semaines. Si à la fin du mois je peux, je crois bien je me ferais ce petit plaisir de m'offrir une de tes lampes. :)

Maeva

Très bel article!!! Merci et bonne continuation.

Princesse model

Bravo, c'est tellement vrai !
D'où mon concept de réseau de professionnelles déclarées : les-creatrices.fr :o)

Charlotte

Je suis très heureuse que mes lampes te plaisent Caz. Merci pour ton soutien Maeva :)

Charlotte

Bravo pour ton concept Princesse Model.

Xx Gallery

C'est tout à fait ça, je partage tous les sentiments évoqués de A à Z ! Bel article.

La Tulipe

Merci sincèrement pour cet article! J'avais cette semaine cette même conversation avec des amies. Je te rejoins à 100 %. Je suis excédée de voir le nombre de blogueuses qui ont leur petit shop en ligne au détriment de créateurs déclarés qui ont choisi d'en vivre, qui payent des charges, galèrent.
C'est "si facile" sur internet.
Non, tu ne fais pas un métier à des années lumière de ce qu'il faudrait faire aujourd'hui ... c'est plutôt la société qui est souvent à des années lumière de se qu'elle devrait être!
Tout plein de courage ! Bises

Charlotte

Ton message me touche beaucoup La Tulipe, vraiment merci.

lili

Je n'aurai pas mieux, très bien comme article et entièrement d'accord !

angelizon

Bravo ! Vous m'avez littéralement ôté les mots de la bouche... je m'empresse de partager votre article en faisant un lien sur mon blog avec votre permission bien sûr... angelizon.blogspot.com

Loetitia

Très bien, vu, dit, ressenti...mais ne pas lâcher prise, c'est ta détermination, ton professionnalisme et ta créativité qui te feront tenir et te différencier... La clientèle ne s'y trompe pas !

fany

Je découvre votre article par le biais de "la malle d'adèle "sur facebook , et je me retrouve complètement dans vos doutes , vos questions ... Je suis moi aussi céramiste et je travaille aussi la porcelaine, ayant ouvert des boutiques sur les différents sites ces derniers mois , je constate cette concurrence !
Tous mes investissements financiers (four , tour , croûteuse ...etc) pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions me paraissent excEssifs comparés aux prix de vente de mes pièces... Souvent, je suis perdue !
Mais il est vrai que le bonheur de créer est toujours là, c'est ce qui me porte et me pousse à continuer...

Charlotte

Merci pour tous vos messages ! Pas de problème pour partager l'article Angelizon ;)
Fany, il est vrai que la céramique demande beaucoup d'investissement de départ et même après. Courage à toutes, je n'ai que ça à dire ! Notre passion nous fait tenir, mais j'espère sincèrement que de plus beaux jours arrivent.

MaY

Je suis illustratrice free-lance et dans la même galère que toi... et pourtant, tout comme toi, si c'était à refaire je foncerai... :)

Très beau billet, que j'ai partagé !

Nathalie

Tout est dit, merci pour cet article.

Frederic - Libellulobar

Bravo pour ton article ! Ton honnêteté et ta franchise vont sans doute aider beaucoup d'autres ! En réalité, c'est vrai dans ton domaine, mais c'est vrai aussi pour les petites entreprises comme la mienne! Il faut se battre chaque jour pour se faire connaitre et pouvoir en vivre, ce n'est pas toujours facile, le moral n'est pas toujours bon, il faut s'accrocher ! Tu viens de débuter, en général, il faut quand même attendre 3 ans avant de pouvoir se dire si cela peut fonctionner ou pas! Ta boutique est très jolie mais outre cela ton talent est certain, je craque complètement pour tes créations mais je n'ai pas les moyens forcément de les acheter, ce qui est dommage ! J'avais adoré les boules de Noël, ton arbre avec les feuilles en porcelaine est superbe aussi ! Le prix de vente est une vrai question qu'il faut se poser ! Soit ce sont de petites pièces accessibles au plus grand nombre soit tu réalises des œuvres d'art qui seront considérées comme telle avec un prix qui va avec ! Entre les deux, c'est peut-être difficile, en tout cas c'est une réflexion à mener...
La difficulté pour toi est d'être productrice de tes pièces, de t'occuper de la boutique, des réseaux sociaux et de plein d'autres choses en même temps ! Un communiqué de presse à envoyer à tous les magazines de déco t'aiderait surement ! Ou avoir un agent, je sais pas si ça existe!
Bon courage, pour ma part, je suis ravi de t'avoir découvert et je ne désespère pas de t'acheter une de tes créations bientôt!

Nathalie

Je suis artiste peintre et malheureusement on retrouve ce même problème, avec des peintres qui parfois ne manquent pas de talent d'ailleurs mais qui font ça pour le plaisir et vendent pour rembourser leurs fournitures... Je partage un lien vers l'article sur mon profil Facebook.
Bonne continuation.

tichat

Hé bien, aussi bizarre que cela puisse paraitre, ton billet me soulage beaucoup. Je suis en pleine phase de doute quant à ma petite entreprise. Ne rentrant absolument pas dans mes frais (faut payer les fournisseurs pour tes nouvelles collections, même si t'as quasi rien rentré la saison d'avant), au lieu de sombrer dans l'alcoolisme ^^, j'essaie de me diversifier. Il est vrai que nombre de fois, je me suis entendue dire : "C'est magnifique, mais c'est un peu cher non ?"
Il faut savoir que pour éviter ce type conflit économique et vendre,( hein,on aime ce qu'on fait, mais nous aussi avons des charges, une vie de famille etc... donc, l'argent doit rentrer.) certaines créatrices (dont je fais partie) ont un taux horaire plus bas que celui du SMIC. Il vient de passer à 9,22€ brut , quand je sais qu'en règle générale je ne prends pas au dessus de 8€, j'enrage.
On bosse comme des dingues pour des produits soignés, avec des matières propres pour se voir couper l'herbe sous le pied par des créations à prix dérisoires. Alors,oui, il y a des jours sans, des jours où on a envie d'envoyer tout en l'air et repartir au bureau... Quelle solution avons nous dans ces cas là?

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